Jean Philippe Domecq

Jean Philippe Domecq
©Axel Léotard

prix Tortoni 2011

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
La remise officielle des 3èmes
“Prix littéraire Tortoni – La Bûcherie“ et “Prix
Tortignole“…
a eu lieu le 16 juin 2011
au Café-restaurant « La Bûcherie », rue de La Bûcherie,
Paris 5ème
Le Prix Tortoni, doté de 1500 euros, a été décerné à
Jean-Philippe Domecq pour son roman « Le jour où le ciel
s’en va » (Fayard) en raison de ses grandes qualités de
style et de structure. Un roman de « métaphysiquefiction
» exigeant qui décrit, avec un oeil
d’entomologiste, une humanité cernée de toute part par
le tsunami nihiliste.
Rappelons que, créé en 2009, le Prix Tortoni – La
Bûcherie récompense un livre paru dans l’année
écoulée, dont la grande qualité a semblé au jury trop
ignorée des médias…
Le prix Tortignole, prix ironique “d’encouragement dans
l’art bien difficile des Belles Lettres…” – remis à un
livre, publié dans l’année écoulée, dont la large
promotion dans les médias a paru quelque peu
disproportionnée au jury… – a, lui, été décerné à Jean
Teulé pour son roman « Charly 9 » (Julliard).
Le jury est composé de :
Patrick Tudoret, Président ; Thibaut d’Anthonay, Viceprésident
; Christophe Ferré ; Pierre-Robert Leclercq ;
Thibaut de Saint Pol ; Joël Schmidt et Jérôme Saillard,
secrétaire général.
Christophe Salabert, mécène des prix, accueille les
réunions du jury au Café-Restaurant « La Bûcherie »,
situé en face de Notre Dame.
Pour toute Information : jscommunication@wanadoo.fr
(paru dans Libération le 7 juin 2011:)
CETTE OBSCURE ENVIE DE 21 AVRIL *
Comme en 2002 et 2007, la Présidentielle de 2012 n’est pas perdable pour la gauche, sauf par elle-même. Elle en reprend le chemin, quels que soient son leader et son programme, par cette pente typiquement de gauche qui lui valut, en deux siècles de République, d’être au pouvoir dix fois moins que la droite. C’est qu’au fond de la mentalité de gauche, il y a que le pouvoir salit. Il est vrai qu’assumer les intérêts contradictoires qui font une société, ce n’est pas l’idéal pour la « belle âme » autrefois, aujourd’hui le radical-gauchisme, qui n’attend rien que d’être « déçu ». D’où ce qu’il faut bien appeler la sottise stratégique de gauche. A ceux que heurte ce mot de sottise, rappelons les faits. Les gauchistes de Nader privèrent Gore d’une indiscutable victoire sur Bush, ainsi purent-ils vomir Bush à loisir pendant huit ans. Obama? Il lui faudra tout son art politique pour les convaincre qu’il faut toujours des compromis symboliques afin de ne pas compromettre les priorités transformatrices. En Italie, la gauche de la gauche lâcha la première coalition Prodi qu’elle trouvait trop à droite, ainsi ramena-t-elle Berlusconi, bravo! En France, ce qui nous valut le suicidaire 21 avril n’est pas le programme de Jospin, qui ne proposa certes que son bilan mais cela gardait une autre tenue que les deux grosses ficelles de Chirac qui, en tout et pour tout, proposa une baisse d’impôts de 30% (!…) et une présidence de ministre de l’intérieur. Programme de fainéant, bilan néant. On aurait donc dû gagner ensuite en 2007. Mais là, toute la gauche, et l’extrême-gauche qui avait fait la fine bouche à Jospin, fonça tête baissée derrière le creux culot par lequel Ségolène Royal s’imposa et perdit face à plus malin, dont le slogan là encore était facile à mettre à nu: travaillez plus et ceux qui n’ont pas de travail en trouveront moins encore. Les Français le comprennent, trop tard évidemment. Aujourd’hui, ne pouvant plus leur vendre le même vent programmatique, Sarkozy a mis la barre tellement à droite qu’il laisse le centre à qui saura le prendre, et l’espoir revient à gauche dans cette grande conversation démocratique qui prépare les votes. Or, il y a de quoi tirer la sonnette d’alarme quand nous entendons certaine gauche intimidante qui, se gargarisant de sondages qui la donnent gagnante dans tous les cas de figure, recommence à focaliser sur tel ou tel leader qui n’est évidemment pas assez à gauche pour son goût et qu’elle va « juste avertir » au premier tour. L’électorat de droite, lui, sait qu’après le comptoir vient la campagne et là on ne se trompe plus d’adversaire. Il se rangera derrière son seul candidat, Nicolas Sarkozy qui, une fois passé nos classiques sondages à se faire peur à plus d’un an de l’échéance, mènera bataille avec un socle de premier tour moins faible que les premiers tours de Chirac. En face, on peut compter sur les Verts (hormis Cohn-Bendit) pour ne pas faire comme les Verts allemands qui accédèrent aux responsabilités sans faire leur laine sur le dos du camarade socialiste, eux. Et, pour ce qui est d’exister contre le proche plutôt que contre l’adversaire, comptons sur Chevènement (sans remords après 2002), les trotskystes, et Mélenchon, même si celui-ci « écoute trop le bruit qu’il fait », comme dit Le Pen, qui s’y connaît.
Il y a trente ans, Mitterrand à peine élu faisait l’objet des soupçons parce qu’il était habile. Vingt et un ans plus tard, le 21 avril, Jour Gris de notre histoire, fut tout sauf un accident, mais le résultat logique d’une éthique d’irresponsabilité typique de la gauche. Il serait temps que celle-ci intègre l’habileté comme vertu d’électeur autant que de gouvernant, parce que le pouvoir, c’est pouvoir faire, enfin. Ce qui veut dire aujourd’hui: tous unis dès le premier tour derrière celle ou celui qui sera le plus à même de l’emporter.

* Cosigné par Michel Ciment, critique et historien de cinéma