"Shutter Island", vaut-il mieux vivre en monstre ou mourir en homme de bien ?

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Imaginez un syllogisme qui prendrait comme point de départ le principe suivant : les fous nient leur folie. Vous aurez ainsi le point de départ du livre de Dennis Lehane paru en 2003, Shutter Island, adapté au cinéma par Scorsese en 2010.
Si les fous nient leur folie, celui qui dit ne pas être fou, ne l’est-il pas quand même ?




Bref roman du Grand Confinement, 3 ans avant, extrait de "Deuxième chambre du monde", éd. Serge Safran :


Suite Feuilleton intellectuel Domecq, 7ème épisode, écrit en 2001 dans Qui a peur de la littérature ?, éd. Mille et une nuits :
« Évidemment, cela « passe bien » en vertu du modèle célinien, dont joue Houellebecq dans ses prestations : ce n'est pas parce qu'on est rance et rassis qu'on n'est pas génial, donc le raisonnement inverse doit pouvoir marcher. Et Houellebecq passe pour authentique : il l'est en effet, en se laissant aller comme le beau-frère à table Du moment qu'on le fait avec du neuf.
Il est étonnant de voir que tant de gens s'arrêtent à l'authenticité de Houellebecq. Est-ce un critère ? Les convaincus d'une idéologie réactive sont également authentiques. Mieux vaudrait s'aviser de ce que charrie l'authenticité de Houellebecq. Il l'enrobe dans une stylisation froide qui ne peut qu'épater : première partie le fiel, mais attention, deuxième partie le miel. Fielleux sur les femmes, les libérations morales et sociales, fielleux sur l'insoumission et ses ratés, l'autre et l'Occident, il vous enrobe ensuite cela du miel sentimental d'une histoire d'amour purement consolatrice, où l'aimée est réduite à un rôle ; miel aussi, d'exotisme idéologique celui-là, quand il valorise tel continent lointain, uniquement pour dénoncer nos tares. Ajoutez à cela le ton du désespoir étranglé, à blanc, en vérité fort complaisant dans le style douloureux qui joue sec et contrit. Libre à certains d'y voir un nouveau style de degré zéro. Le lecteur, lui, s'y retrouve parce qu'il y réentend, en condensé narratif, le style d'esprit des magazines. C'est d'ailleurs une constante des grands succès de romans : le lecteur n'en revient pas d'y retrouver ses derniers mots et objets quotidiens, ses tics et tendances du moment, qui n'avaient pas encore trouvé leur romanesque.
Peu importe. On est là en plein mimétisme, ersatz de mimésis, et fort loin de cette littérature qui fait sourdre la chair du monde par la peau.
Et maintenant ?
Mais est-ce si grave si cette littérature est occultée dans une période assurément difficile pour elle en France ? »