Dorothea Tanning et Max Ernst : une peintre majeure du XXème siècle, à voir à Londres, une histoire vraie de couple où la création de l'un stimulait la création de l'autre, dans le webzine Singular's: https://singulars.fr/dorothea-tanning-et-max-ernst-un-couple-dartistes-a-egalite/?utm_campaign=Newsletter_26042019&utm_medium=Newsletter&utm_source=Message_business
Feuilleton intellectuel Domecq, 5ème épisode, Tribune dans "Le Monde" du 19 avril sur Houellebecq et Macron: 



Feuilleton intellectuel Domecq, 4ème épisode : « Houellebecq ou le  « néo-beauf » » - Extrait de La situation des esprits (réed. Pocket) :

Pour ceux qui en sont encore à Houellebecq, voici ce qu'on pouvait discerner dès 2002 :

« Houellebecq et  « La Vie sexuelle de Catherine M. » en sont une illustration parfaite. Ils ont en commun un évitement systématique de la séduction, de ce qui plaît chez l'être que l'on se met à désirer. Ils décrivent ce qu'on se fait l'un à l'autre et surtout pas ce qui se passe pendant qu'on le fait. Alors que, en toute vérité d'expérience et d'écriture, il faudrait décrire et ce qu'on fait et l'effet que ça fait sur l'un et l'autre. Très puritains, donc, Houellebecq et Millet, à force de ne jamais décrire l'écho du désir et du plaisir amoureux. On dira que ce n'est pas ce que Houellebecq veut montrer. Faux : prenez  « Plateforme », il n'y a aucune différence dans le mode de description des étreintes sexuelles entre la prostitution que pratique le narrateur et l'amour qu'il rencontre. Même mise à plat. C'est très révélateur. D'un dégoût. La chair reste de la chair. Or, tout n'est pas toujours froid dans le sexe, que l'on sache... Là, sa platitude de ton est, littéralement, déplacée. Son ton, qui consiste à tout niveler et qui peut avoir une certaine justesse quand il décrit les passions sociales d'aujourd'hui, sonne faux. Cela va de pair avec le sentimentalisme calculé qui sous-tend ses évocations de l'amour. Le miel va avec le fiel, c'est connu, le sentimentalisme avec la froideur de sentiments. (...) Enfin, toute cette exégèse autour de Houellebecq célinien fait involontairement du « Contre Sainte-Beuve » à l'envers : oui, Houellebecq singe le glauque, et comme on ne doit pas confondre l'homme et l'œuvre, eh bien, plus l'auteur est glauque-petit, plus nous fermerons les yeux sur ses déclarations et les ouvrirons grands sur son œuvre. Voyez Céline, jobard en tant qu'homme et génial écrivain. En réalité, lorsque l'auteur Céline s'est de lui-même confondu avec son narrateur Bardamu, on a cessé d'être dans le  « Contre Sainte-Beuve ». Et rejouer Houellebecq après Céline, c'est répéter la tragédie en farce. (...) 

La table rase de toutes les émancipations 

Et puis, la commode analogie avec Céline pointe sur une autre raison, plus profonde, du succès de Houellebecq. C'est le baisser-de-bras, l'auteur qui s'autorise toutes les bassesses idéologiques. Ce que n'a pas fait Céline tant qu'il a maintenu la distance entre son narrateur Bardamu et lui. Le jour où il les a confondus, Céline a sorti son fonds de commerce idéologique, et on a vu. Avec Houellebecq, c'est le révisionnisme généralisé qui caractérise notre époque. »
Feuilleton intellectuel Domecq, 3ème épisode : « Sollers à la rescousse » - Extrait de La situation des esprits (réed. Pocket) :

Pour ceux qui en sont encore à Houellebecq, voici ce qu'on pouvait discerner dès 2002 :

« Domecq : Mais, mon cher, vous n'avez pas compris : « Avec Houellebecq, la baise moisie a son poète »... vous explique l'inénarrable Sollers - toujours prêt à prendre les trains en marche, celui-là, de Mao à Messier, du marxisme-léninisme pur et dur au papisme et de Lacan à Balladur, et maintenant Houellebecq puisque « tout le monde en parle ». Ce qui confirme, s'il en était besoin, qu'à guetter le train du moment on est toujours en retard.

Naulleau : On a interviewé François Nourissier après que Michel Houellebecq n'eut pas obtenu le prix Goncourt. François Nourissier a répondu que sa déception était d'autant plus profonde que Houellebecq était en littérature « ce qui était apparu de plus surprenant et de plus brutal ces cinq dernières années ». Que vous inspirent cette phrase et le choix des adjectifs ?

Domecq : Oui, Houellebecq... faut-il en parler ? La question me paraît réglée quant à sa littérature. Vous l'avez d'ailleurs réglée dans votre livret, « Au secours, Houellebecq revient ! », sans lequel la vogue pro-Houellebecq aurait été encore plus démente l'automne dernier, et grâce auquel elle a commencé à se retourner, définitivement à mon sens, vous verrez, déjà j'entends ceux qui l'ont encensé commencer à dire que tant de battage « médiatique » - c'est eux qui le disent - autour de Houellebecq est un fléau et que c'est à se demander comment un tel phénomène a été possible... La capacité d'autoblanchiment est sans limites dans le milieu culturel, qui n'a besoin que de mots. (...) Mais bon, si la question de la qualité littéraire des romans et poèmes de Michel Houellebecq est réglée pour qui a le minimum de flair, cela laisse d'autant plus pendante la question de savoir pourquoi il a constitué le phénomène littéraire des dernières années. Or, je crois, là encore, comme pour nombre d'idoles actuelles de l'art contemporain, que la seule chose qui intéressera l'avenir - très marginalement, du reste, et juste pour le plaisir de sourire de l'humain -, c'est de comprendre pourquoi tant de gens ont donné tête baissée dans une littérature pareille. 
Car, enfin, côté roman, pourquoi est-ce « réglé » ? La seule force qu'il y a dans l'écriture de Michel Houellebecq réside dans sa façon de dire sèchement l'indigence : c'est un ton. Une platitude à distance. Par moments. Moments trop rares, et qui se sont raréfiés au fil de ses romans. Parce que l'auteur s'est laissé dominer par ce qu'il pense du monde actuel. II tient tellement à sortir ce qu'il en pense - et il en a gros sur le cœur, manifestement - que, du coup, ses idées s'interposent comme des barreaux de plus en plus épais et prennent le pas sur son regard. Malheureusement, ses idées relèvent du café du commerce idéologique.
Ses idées sur le sexe, d'abord. Libre à lui de n'y voir que moisissure et barbaque, mais de là à considérer qu'il dit la sexualité d'aujourd'hui, laissons cette étrange vue de l'esprit, ou cet aveu, à ceux qui le pensent. »
Extrait de l'article sur "Sunset", de László Nemes, Positif n°697, mars 2019 :
""Sunset", le titre, rappelle que l'Histoire agit sur nous comme l'astre qui, qu'on y pense ou pas, draine nos histoires individuelles. Ainsi le crépuscule européen de 1913 baigne-t-il de son or d'incendie tout ce film, même ses scènes nocturnes ou d'intérieur, puisque les personnages, les individus qu'ils sont comme nous, n'y voient que du feu, le feu de leurs affaires et de leurs peurs que happe déjà le gouffre qu'ils ne peuvent discerner derrière l'horizon. Cette inconscience historique doublée d'un pressentiment qui tend les nerfs, László Nemes nous en fait vivre l'effet lancinant."


Feuilleton intellectuel Domecq, 2ème épisode : extrait de La Monnaie du Temps, éd. Pocket, 2018 :
…"Néanmoins, au fil du temps de ce jeu de pouvoir, le peuple s'est rendu compte que c'en est un, justement, de jeu de pouvoir : le Quatrième pouvoir soumet le pouvoir politique élu à son pouvoir non élu. Non élu et rémunéré par des groupes économiques qui n'achètent pas les médias pour qu'ils ne nous servent pas le discours idéologique qui sert leurs intérêts. Cela paraît grossier à rappeler, comme toute évidence de base, mais à la place de Bouygues et tous les créanciers nous ferions de même. Leurs journalistes disent ce que leurs créanciers veulent qu'ils disent. Ajoutons à cela une autre évidence oubliée, que « medium is message», selon la formule de Marshall McLuhan ; et on a la conjonction parfaite d'une émission d'idéologie qui domine par les moyens financiers qui l'investissent, et d'une logique professionnelle que son autoreproduction protège de toute critique, alternative ou contradiction. C'était avéré dès les années 1980 : « "Les médiateurs-journalistes ne sont plus en situation de dialogue. Ils n'ont pas de répondant. Qui en effet pourrait bien remettre en cause leurs questions et les conclusions qu'ils font circuler sous forme de "petites phrases", volatiles mais combien répétitives ? Les hommes politiques ? Évidemment non. (...) À l'égard des médias, les hommes politiques ne peuvent exercer le droit à la critique sans encourir le soupçon de censure." » (cf. La Passion du politique, 1986) Invariablement, à l'égard des critiques dont elle peut faire l'objet, la presse réagit comme une profession qui serait au-dessus des autres - une prêtrise, autrement dit. Elle n'entend que ce qu'elle veut bien entendre afin de continuer à exercer son pouvoir, et c'est ainsi qu'elle reproduit la Liberté sans choix dans laquelle elle enferme nos représentants politiques et, avec eux, nous-mêmes. Elle s'est pourtant étonnée de l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, au cours d'une campagne où il a constamment bafoué le discours médiatique mainstream. L'outrance même de sa rhétorique, la vulgarité assumée et "naturelle" de ses répliques, l'irresponsabilité politique qu'on lui reproche à juste titre, expliquent largement son élection : c'est le Fou du Roi fait roi par une opinion qui en a assez que les médias formatent son opinion et lui répètent que la politique ne peut plus rien. (...) En ce sens, le candidat Emmanuel Macron fut symbolique de ce mépris de l'intelligence civique lorsqu'il préserva le flou de son programme jusqu'à un mois avant l'élection, pour ensuite dérouler un programme qui ne pouvait que satisfaire le statu quo, lequel pouvait d'autant mieux passer que le "programme" de réformes qu'a fini par proposer Macron ne vise qu'à huiler le système. En ce sens, il a joué le jeu du modérantisme inhérent à la Liberté sans choix que dispensent les médias au service de la perpétuation de l'état des choses économiques. « "Dernier en date du conseil de communication : il faut être absolument modéré pour être absolument moderne. (…) La modération n'a jamais été qu'un ton sans préjudice de contenu, comme le centre n'a jamais été qu'une position stratégique. (...) Le propos à tenir pour être au centre et modéré dépend totalement des opinions concomitantes. Qu'est-ce qu'être modéré quand, dans les années 1930 en Allemagne, les suffrages populaires font pencher les opinions vers l'extrême droite ?" » (La Passion du politique) Exemple savoureux : depuis les trente ans qu'ont pris ces lignes, Silvio Berlusconi est commenté comme un leader "du centre droit", à présent qu'il est doublé par les autres formes de populismes que le sien… » (La Monnaie du temps, chapitre « Ce qu’il fallait faire en 2017…et qui donc reste à faire »)

Sur SUNSET, grand film de Laszlo Nemes bientôt sur les écrans, voir l'article "Le soleil couchant de l'Histoire" dans la revue POSITIF de mars.